Un salarié quitte son poste sans donner de nouvelles. L’employeur hésite entre deux options : engager un licenciement disciplinaire ou activer la présomption de démission instaurée par la loi de 2022. Ce choix, souvent méconnu, détermine à lui seul si le salarié pourra percevoir l’allocation de retour à l’emploi (ARE) ou non.
Présomption de démission après abandon de poste : le piège qui coupe l’accès à l’ARE
Depuis la loi du 21 décembre 2022, un employeur confronté à un abandon de poste peut mettre en demeure le salarié de justifier son absence et de reprendre le travail dans un délai minimal de quinze jours. Si le salarié ne répond pas, il est présumé démissionnaire.
A lire en complément : Licenciement pour inaptitude : définition et procédures essentielles
La conséquence directe est brutale : la rupture est traitée comme une démission volontaire, pas comme un licenciement. Le salarié perd alors le caractère involontaire de la perte d’emploi, condition indispensable pour ouvrir des droits à l’ARE auprès de France Travail.
Avant cette réforme, l’abandon de poste débouchait presque toujours sur un licenciement pour faute grave. Le salarié perdait ses indemnités de licenciement, mais conservait son droit au chômage. La nouvelle procédure inverse cette logique : le salarié garde parfois son indemnité compensatrice de préavis (puisqu’il est censé démissionner), mais se retrouve sans allocation chômage.
A lire aussi : Licenciement : que se passe-t-il si je m'endors au travail ?

Licenciement pour faute grave ou lourde et droit au chômage : une confusion fréquente
Beaucoup de salariés redoutent qu’un licenciement pour faute grave les prive du chômage. C’est faux. Vous avez été licencié pour faute grave, voire pour faute lourde ? Tout licenciement, quelle que soit la faute, ouvre droit à l’ARE.
Le raisonnement de l’assurance chômage repose sur un critère simple : la rupture a-t-elle été décidée par l’employeur ? Si oui, le salarié n’est pas à l’initiative de la perte d’emploi. Il remplit donc la condition de privation involontaire, même si son comportement fautif a provoqué le licenciement.
Ce que le salarié perd vraiment avec la faute grave
- L’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, réservée aux licenciements sans faute grave ni lourde.
- Le préavis, puisque la faute grave justifie un départ immédiat de l’entreprise.
- Dans le cas de la faute lourde, les éventuels dommages-intérêts liés au préjudice causé à l’employeur peuvent être réclamés.
Aucun de ces éléments ne concerne l’ARE. Le droit au chômage ne dépend pas de la gravité de la faute, mais de l’origine de la rupture.
Contester une présomption de démission pour récupérer ses droits au chômage
Un salarié visé par cette procédure n’est pas dépourvu de recours. La présomption de démission peut être renversée devant le conseil de prud’hommes, à condition de démontrer que l’absence était justifiée par un motif légitime.
Motifs qui permettent de contester la présomption
- Un arrêt maladie non réceptionné par l’employeur ou transmis avec retard.
- L’exercice du droit de retrait face à un danger grave et imminent sur le lieu de travail.
- Le non-paiement des salaires par l’employeur, rendant la poursuite du contrat impossible.
- Des faits de harcèlement moral ou sexuel documentés.
Si le juge prud’homal considère que le motif est fondé, la présomption de démission tombe et la rupture peut être requalifiée. Le salarié récupère alors la possibilité de s’inscrire auprès de France Travail et de percevoir l’ARE.
Le point délicat réside dans le délai. La procédure prud’homale prend plusieurs mois, pendant lesquels le salarié n’a pas accès aux allocations. Saisir le juge en référé (procédure accélérée) est une option, mais le résultat dépend de la solidité des preuves présentées dès la première audience.

Démission déguisée et démission légitime : deux situations à ne pas confondre
La démission déguisée désigne une situation où l’employeur pousse le salarié vers la sortie sans prononcer de licenciement. Modification unilatérale du contrat, retrait de responsabilités, pression psychologique : le salarié finit par partir de lui-même.
Une démission classique ne donne pas droit au chômage. En revanche, certaines démissions qualifiées de légitimes par France Travail ouvrent des droits à l’ARE sans passer par un licenciement.
Cas reconnus comme démissions légitimes
- Démission pour suivre un conjoint muté géographiquement.
- Démission pour non-paiement des salaires, à condition de disposer d’une ordonnance de référé ou d’un jugement.
- Démission dans le cadre d’un projet de reconversion professionnelle validé par une commission paritaire interprofessionnelle régionale, sous réserve d’avoir travaillé au moins cinq ans de manière continue.
La démission déguisée, si elle n’entre pas dans ces cas précis, ne donne pas droit au chômage. Le salarié qui souhaite faire reconnaître le caractère forcé de son départ doit engager une action en justice pour obtenir la requalification de sa démission en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Abandon de poste : licenciement ou présomption de démission, le choix de l’employeur change tout
Voici le nœud du problème. Face à un même abandon de poste, l’employeur dispose de deux voies :
S’il choisit le licenciement disciplinaire (pour faute grave, le plus souvent), le salarié perd ses indemnités mais conserve intégralement son droit à l’ARE.
S’il active la présomption de démission, le salarié est traité comme démissionnaire. Pas d’ARE, sauf contestation victorieuse aux prud’hommes.
L’employeur n’a aucune obligation de choisir l’une plutôt que l’autre. Son choix dépend souvent de considérations pratiques : la présomption de démission lui évite de verser l’indemnité compensatrice de congés payés dans certains cas et simplifie la procédure administrative. Le salarié, lui, subit les conséquences d’une décision sur laquelle il n’a aucune prise directe.
Un salarié en conflit avec son employeur a donc tout intérêt à formaliser les raisons de son absence (courrier recommandé, certificat médical, signalement de harcèlement) plutôt que de cesser le travail sans explication. Documenter chaque motif d’absence reste la meilleure protection contre une présomption de démission.
La différence entre percevoir l’ARE pendant plusieurs mois et se retrouver sans ressource tient parfois à un seul courrier envoyé dans les délais.

